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Espace Virtuel - Textes Auteurs

Aux pieds la tête (En passant par les tripes)

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COOKE-SASSEVILE - Aux pieds la tête

Du 10 novembre au 15 décembre 2006, le duo Cooke-Sassevile de Québec présente l’exposition AUX PIEDS LA TÊTE au centre d’artistes Espace Virtuel de Chicoutimi, une installation minimaliste à portée interprétative maximale
.

Ceux qui nous avaient jusqu’ici habitués à des montages pléthoriques pour matérialiser l’essentiel de leurs propos, nous entraînent cette fois-ci sur une piste où la direction à prendre paraît tout indiquée d’avance et le chemin pour y parvenir évident. Mais le message n’en demeure pas moins subtil et complexe. Derrière ce qui peut sembler être la démonstration d’une éblouissante allégorie, les lieux communs se travestissent pour composer un monde insoupçonné de possibilités d’interprétations.

Dans la galerie principale, des illustrations noir et blanc un peu plus grandes que nature d’hommes et de femmes, stéréotypés et en tenues de ville, sont imprimés à intervalles réguliers sur les murs blancs. Les clichés iconiques construisent une immense cage à l’aide des bandes rouges prolongeant les corps sans têtes et font offices de barreaux. Ces larges lignes, qui s’entrecroisent et se projettent du plafond au plancher, viennent déposer les faces séparées des troncs aux pieds des personnages anonymes et en train de mimer la déambulation. Ceux-ci sont dédiés, si l’on considère l’amorce de leurs mouvements, à éventuellement se marcher sur la figure. Dans une pièce étroite d’à côté, un leitmotiv autocollant répété irrégulièrement sur toute la longueur de la cloison adjacente à la salle principale ordonne, en alternant le noir et le rouge, deux choses : VOUS PENSEZ TROP et N’Y PENSEZ PAS.

Ce qui apparaît être, à première vue, la concrétisation singulière d’une opposition, en l’occurrence pensées obsédantes et comportements terre-à terre, s’avère constituer une mise en scène des conditionnements qui nous habitent. En effet, installé entre les effigies et leurs visages qui gisent à ses pieds, le spectateur participe sans trop en être conscient à la matérialisation de son propre pouvoir d’enfermement pour devenir la victime d’une machination proche de celle à laquelle il consent quotidiennement : vouloir correspondre à tout prix. Et c’est là l’intérêt de la manoeuvre. Dès que l’observateur se place dans les limites de la composition, il en fait partie. L’espace change alors de dimension et piège complètement son être pour
l’impliquer dans une démarche peu banale qui le met devant le fait accompli. Pour s’en sortir, la proie plus ou moins consentante devra découvrir en elle-même la clé du paradigme : se marcher sur les tripes et trouver comment remplir le vide entre les corps et le cerveaux. À cette seule condition, il pourra se relaxer et quitter la lumière insistante pour regagner, sur une artère detraverse, le confort de l’ombre.

Il n’est pas indispensable que les objets s’animent pour que les déplacements opèrent. La force de la représentation ici suffit. Par voie associative, l’on comprend vite où veulent en venir les créateurs du leurre. Mais il faudra prendre le temps de bien assimiler ce qu’ils nous montrent. Et c’est ce qui fait la force de certaines oeuvres : l’obligation de l’investissement. Alors, nous acceptons de descendre dans ce sanctuaire intérieur que nous possédons tous, la où s’agitent tous nos désirs. Devant ce qui tient lieu d’un plaidoyer à forte teneur sociale, chacun peut, s’il le veut bien, en puisant dans ses intuitions et expériences, sortir du labyrinthe de la simple remise en question. Ainsi, accrochés à nos multiples fils d’Ariane, nous ouvrons une fois de plus et un peu plus grand l’accès à l’ultime liberté que représentent nos différents regards sur les choses.