Mathieu VALADE - Entrepôt morphingDan BRAULT - Morphémia
CIRCULARITÉ DE L’OUVRAGE
COMMENTAIRE SUR LE TRAVAIL DE MATHIEU VALADE
ENTREPÔT MORPHING PRÉSENTÉ À ESPACE VIRTUELDeux boîtes. Un grand cercle. Le son d’un roulement. Voilà ce qui nous accueille à l’entrée de la salle où s’installe l’
Entrepôt Morphing de Mathieu Valade. Pas de fenêtre, ni de porte; qu’une grande boîte sortant d’une autre, ne laissant pas découvrir son contenu. Dispositif intriguant, architecture qui m’invite à faire le tour. Non seulement cette boîte joue à cacher, mais c’est tout le sens de l’installation, boîtes, cercle lumineux et bille cinétique, qui me sont obscurs.
Entrepôt morphing, une réserve où ma tête travaille à voir au travers.
Une bille tourne, trace et laisse entendre son circuit sur le panneau de bois. Une pesanteur se dégage des pièces, non seulement par leur gravité, mais aussi par la bille; son rythme ajoute à cette impression de massiveté. Ces formes élémentaires et organisées sont présentes mais secrètes : je suis devant l’ouvrage répétitif de l’usine. Bien que l’artiste parle de décontextualisation de l’objet banal, je me retrouve propulsée dans la manufacture même de ces objets. Intemporalité : l’installation traverse à la fois mon époque et l’ère industrielle. Transfert d’un travail d’atelier dans l’usine artistique.
J’enfile mon habit de travail : la bille qui tourne n’est pas le temps qui passe, mais bien le temps qui dépasse, traçant ainsi le cerne autour de mon oeil d’ouvrière. Fatigue au geste répété, cette bille est autant l’auréole de mon épuisement que mon globe oculaire, sortie de son orbite, qui dessine le mouvement automatique de la trajectoire de mes mains. Ici, aucune chronologie, le temps ne sert plus le progrès : cette bille trace alors un ouvrage antérieur, emballé dans cette grande boîte prête au départ. Cette dernière camoufle peut-être une technologie désuète. À la hauteur d’oeil, je surprends un carrelage, faisant la circonférence d’une concavité circulaire, m’apparaissant brûlée ou usée. Rencontre du macro et du micro : la bille qui tourne ne se serait-elle pas détachée pour, avec toute sa lourdeur, frapper ce carrelage à la perfection? Je surveille la machine et j’attends le dérèglement. Le petit astre fait vingt-huit tours par minute. Une vibration à chaque fois qu’elle passe sous le tablier. Ne bloque pas en-dessous du tablier.
J’abaisse mon regard. J’y découvre des tapis à dessins, enroulés en guise de patte à la boîte au sol sur laquelle la bille effectue les révolutions. Chacun de ces rouleaux verdâtre : à mes pieds, comme autant d’années d’expérience à supporter la fabrique. Un dossier confidentiel, qui empêche le regard, intrigue le curieux, mais qui ne sert qu’à approvisionner le patron invisible de munitions.
Le cercle lumineux garantie ma survie ou signale les limites de l’espace de travail. Il est aussi l’emblême lumineux rappelant les réclames urbaines sur les édifices dont nous méconnaissons l’activité intérieure.
Entrepôt morphing de Mathieu Valade est un travail de l’ordinaire et du routinier, sans toutefois être banal. Cubes, cercles ou sphères, cinétique et musique, conviennent ici pour propulser le spectateur dans l’imaginaire du travail de l’ouvrier, ou de l’artiste dans son atelier.
FRAGMENTS D’UTOPIE
COMMENTAIRE SUR BIENVENUE À MORPHÉMIA DE DAN BRAULT
PRÉSENTÉE À ESPACE VITUELManipulations diverses des couleurs et formes, jeux de profondeur et de surface, confrontation des finis et rappels à diverses techniques issues de l’histoire de la peinture : bienvenue au coeur de la peinture, bienvenue dans l’écclectique travail de Dan Brault.
Bienvenue à Morphémia présente une juxtaposition de tableaux modulaires, dans son tout présentant un fragment d’un travail d’ampleur; en effet, ce qui est présenté à Espace Virtuel constitue une sélection d’un nombre plus grand de tableaux, dont l’installation peut moduler selon la salle.
L’accrochage semble aléatoire, sans narration précise. Plus près : nous sommes devant un essai formel, schématique, qui ne raconte pas d’histoire, sinon celle de la peinture, du geste premier au paysage champêtre.
Comme les masses et les couleurs structurent un seul tableau, chaque module, ou morphème pour reprendre le titre de l’exposition, participe à l’organisation de l’assemblage. De même pour chacun des assemblages : ils organisent l’espace mural. Ainsi, les tableaux dans leur plus petite unité, tiennent lieu de masses et de couleurs. Infinitisation, du micro au macro, rappelant l’infinité cosmique. La figure du singe, se répétant à deux reprises à des formats différents, fait lien avec une idée sur l’histoire de l’humanité. Même, certains modules présentent une signalisation inconnue, de la figure primitive à une semblable de la lettre. Dan Brault personnalise une vision du monde, fait assister en accéléré à cette naissance du geste créateur par la ligne primitive, se transformant en pixel, non sans rappeler les premiers « tableaux » de jeux vidéos des années 80, en passant par la peinture de genre, tel que le paysage. Ici, on veut toucher à l’absolu par le différent : l’éclectisme tente de rencontrer l’unité par la juxtaposition de diverses techniques et picturalités diverses. Cette variété des gestes m’intéresse particulièrement dans le dernier module de droite. Dans cette revisitation du paysage, la picturalité me semble davantage maîtrisée, le propos moins obscur et les choix du peintre se font moins aléatoires. L’oeil peut ici parcourir la surface et y demeurer, être surpris et séduit par les diverses confrontations. D’abord, se confronte le geste de peindre mouvementé et la forme géométrique très à l’équerre : à travers les formes précises aux contours nets, les masses organiques semblent palpitantes. Les lignes sur la série de paysage agissent tels des coupes de viande, la peinture comme une chair vive, protégée par le lustre appliqué dessus. L’artiste vient boucher l’accès à cette vue panoramique, la scellant dans une couche de plastique, comme s’il voulait conserver intacte cette verdûre, ou l’empêchant de pourrir. Ce lustre s’oppose aux parties plus mattes du tableau et intensifie sa profondeur. La perspective favorise également une fuite du regard, qui repose l’oeil. Considérant la perspective minoritaire face au travail majoritairement effectué en surface, la profondeur apaise les structures froides, lisses, nettes et opaques des géométries. Les enduits noirs participe aussi à cette perspective, agissant comme des gouffres où s’enfonce l’oeil.
Dan Brault invite dans
Bienvenue à Morphémia à parcourir des histoires, celle de l’homme, celle de la peinture. Il convie l’oeil à voyager dans une agriculture picturale, où se juxtaposent et se confrontent techniques diverses, contribuant ainsi à démontrer leurs interdépendances.