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Espace Virtuel - Textes Auteurs

De la Fenêtre

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Nathalie BACHAND - De la fenêtre

Tout commence par un texte sur le mur à une extrémité de la salle d’exposition, qui est aussi un couloir achalandé. Hasard ? Oui, sans doute, mais qui, toutefois, soumet déjà l’installation aux regards et à des présences inattendues. Un texte qui tente d’expliquer, un texte référence pour aller en avant et faire comprendre ce qui s’entreprend. Un poème aussi avec ses trous de silences bleus.

C’est ce bleu du matin qui gère, en quelque sorte, ce qui se voit, surtout la lumière venue de quatre fenêtres, mais pas complètement libérées de l’emprise de la nuit qui fut et qui est entrée dans la pièce, entièrement, comme une inondation. Six autres fenêtres sont aveugles, comme si le jour n’avait pas encore toute sa place. Il y a là une parfaite sérénité qui se tient immobile. Touchante. C’est l’emprise d’une certaine forme d’éternité, sauf le bruit des quatre projecteurs qui regardent le mur, le fixent plutôt par les images qu’ils projettent, d’abord, l’une, assez claire, sommet d’un arbre, puis, l’autre, déjà estompée, sommet d’un autre arbre ou le même. On entre dans le jour lumineux avec les lumières de la nuit. Il y a le ciel et, sur le mur de côté, des étoiles qui suivent les trajectoires de lignes noires et discontinues et, de face, d’autres étoiles, les unes dans un carré déformé, les autres, nombreuses, perdues sur la surface blanche. Ces étoiles joignent le jour à l’obscur, elles sont les émanations des présences de la nuit qui s’achève. Dans cet éclairage venu du dehors, sur le rebord d’une fenêtre, bien en évidence, des bols, une assiette, des ustensiles que personne ne saurait utiliser tant ils sont représentatifs ou symboles ou idées, et d’autres étoiles qui sont entrées avec le lever du soleil. On dirait qu’elles ont été abandonnées après la nuit ; elles imprègnent l’espace, s’accrochent, persévèrent. Les astres de la nuit qu’ils éclairent et présents dans la lumière.

Puis, une table immaculée sur laquelle trône, factice, un gâteau sans doute, et deux objets, des fleurs peut-être et sous la table, ce que j’ai vu, ce sont des oiseaux presque rouges, et qui sont comme morts, issus - qui sait ? – des rêves, même si l’artiste y voit plutôt, texte à l’appui, des pieds. Peu importe, ces pieds, ces oiseaux viennent d’ailleurs et ils ont la même symbolique, l’ailleurs apparu, bien qu’il ne soit pas tout à fait bienvenu. Des pieds incongrus qui ne sont plus des parties de corps, des pieds eux aussi objets ; ou des oiseaux comme des rêves remisés. Deux chaises pour dire qu’on peut s’y asseoir, mais ce n’est pas vrai, ce n’est pas ce qui est attendu. Rien n’est attendu, tout est à sa place, tout se place, est figé et cette fixation du temps, de la vie, de la couleur est une forme d’apothéose artistique qui touche quelque part une part de soi. Pour dire peut-être que vivre est un bonheur.

L’artiste nous invite dans un lieu absent, hors du monde, au-dessus des contingences, dans une représentation de la lumière au matin, car on ne peut douter de la lumière, de la couleur, des objets qui annoncent tous les premières heures d’un nouveau commencement, d’une certaine forme de pesanteur aussi dans la naissance, celle même de la vie qui se répète inlassablement, toutefois renouvelée, sauvée, je dirais, par sa propre vision, je veux dire celle de l’artiste qui est tout à fait présente, partie extrêmement prenante de sa représentation. Ce mot fait penser à un spectacle, il y a du théâtre ici, un théâtre figé qui voudrait montrer le monde par l’absence des êtres qui furent, des objets qui y sont, eux-mêmes symboles et hors d’usage pratique. Rien n’est vrai, mais rien n’est faux. La vérité, la véracité, s’articule dans une forme d’impossibilité d’être. Il n’y a pas là d’accès à l’humanité. Et on ne peut rien reprocher à l’artiste. Elle s’est soumise à la vision qui l’habite avec une humilité éclairante. Ses silences se font entendre et la musique qui sourd de ses silences est pure.

Ce qui vit là, c’est la lumière, peut-être aussi le bonheur, peut-être aussi la joie de vivre, la sérénité, une certaine idée du ciel, mais sans Dieu et sans Paradis, puisque le Paradis est ici dans ce bleu si prenant.