Écrit par Richard Desgagné
Le long couloir d’Espace Virtuel. Une télé, écran tourné vers le fond, un rideau ; de l’autre côté, une télé, écran tourné vers le fond ; face au voyeur, entre le rideau et la télé, le performeur et ses gestes plus ou moins habiles, ses inaptitudes, l’indéfini de la vie (j’ose le voir ainsi quand je ne regrette pas le net souci des règles d’un art). Ce que l’on voit, ce qui est vu, ce que l’on voit en réel, ce qui est vu dans le virtuel ; la réalité est regardée sur un écran et ce même écran, sur une autre télé, laisse apercevoir ce qui a été filmé dans un autre temps. C’est le jeu des réalités, des virtualités pendant que le performeur agit face au voyeur dans le présent. Beaucoup de surfaces, d’interfaces, de préfaces et de postfaces, trop de sens qui sait ? Tout n’est pas vu qui est aperçu et ce que l’on voit a plusieurs facettes. Le regard est perçu, appelé à voir plus que ce qu’il peut quand il ne voit qu’une face du monde. Le monde est la réalité, le monde est aussi la virtualité, le monde inclut ce présent, ce passé, ce futur ; le regard voit plus grand que le réel parce que le réel n’est pas achevé.
Le performeur s’enduit le visage et les cheveux de miel puis y collent des pétales, des poils qui ajoutent à ce qu’il est ce qu’il sera, malgré les images que l’on voit de lui sur les écrans. Dos à dos la réalité et les images, dos à dos le voyeur et le performeur et l’on peut percevoir qu’entre eux deux, il y a un écran, un rideau, une opacité réfractaire à la rencontre, même si parfois l’artiste passe d’un côté à l’autre des possibles.
Pendant que l’action se poursuit, des voyeurs, non satisfaits par la réalité et les images qu’on leur présente, prennent des photos et filment les instants. C’est l’infini des spectres du monde. Tout est visible, tout est vu, rien en vérité n’a de fin face au regard qui voit.
Le performeur élabore sa pratique face au voyeur et n’est donc pas apte à porter un regard critique sur ce qu’il accomplit. La performance peut abolir la pratique de l’art ; à mon avis, la performance doit atteindre la pratique de l’art, sinon elle devient un épisode de la vie et n’a plus de prétexte à se jouer. Le voyeur anonyme veut voir ce que l’artiste lui a préparé de clarté pour toucher à quelque chose de profondément vrai.