Écrit par Barbara Garant
*Avis au lecteur : ce texte est inspiré d’une histoire vraie.
Déjà m’accueillait dans la salle une musique (un peu surf, un peu passée) émanant d’une vidéo racontant les déboires amoureux d’un couple d’électroménagers. C’est là que nous avions rendez-vous. Je me surpris alors à l’imaginer apparaissant dans un coin, vêtue de sa fameuse robe de mariée, point central de son exposition précédente. Se dessine ce sourire difficile à retenir en songeant aux fantaisies que le travail de Stéfanie Tremblay peut insuffler à nos pensées.
Influencée par la culture populaire (musique, romans-photos, culte du bonheur, etc), elle raconte des histoires savoureusement ludiques nées de ses jeux. Appareil photo en main, une visite à la friperie se transforme en atelier de création. Une idée germe qui doit être reconstituée, tout de suite, avec des objets. Tant que tout reste un jeu. La démarche de vie devient démarche artistique, et vice-versa. Façon d’exister. Un long jeu qui se grave depuis l’enfance.
Omniprésente, la culture musicale fait plusieurs clins d’oeil : la forme carrée rappelant la pochette de disque vinyle, la collection de T-shirts aux inscriptions accrocheuses, le look rock star des poupées sur les œuvres photographiques constituent quelques exemples. Ne dit-on pas jouer de la musique? Ou se jouer de la musique… En plus de son iconographie, de sa «couleur», l’univers musical forme un monde qui parle du monde et s’y entremêle. Le travail de Stéfanie Tremblay s’inspire étroitement de sa vie courante de même que son quotidien est teinté par sa création.
On sent un besoin incontrôlable d’animer des objets, de leur prêter des paroles, des sentiments, des gestes. Après la découverte d’un don pour lire l’amour dans les brosses à dents, devenir plus attentif. Analyser, tout regarder ce qu’il y a autour, lire les signes. Sans discrimination. Dans l’art de l’interprétation, ouverture nécessaire. Les skis, les verres oubliés, tout peut nous parler. Les poupées qui restent toute la journée dans un sac sentant le renfermé ont de bonnes raisons d’être «tannées» (surtout lorsqu’elles se sont fait une beauté). D’où l’importance de faire circuler les objets. Acheter à une friperie, donner à l’autre. Faire voyager le plastique.
Les rapports sentimentaux, au cœur de la majorité des œuvres, suscitent la réflexion de l’artiste et du visiteur. Abordés ici via une querelle entre une laveuse et une sécheuse qui sonne étrangement familière. Là, par une vidéo montrant un gâteau de mariage qui, à première vue statique, s’avère démystifier la fonte imperceptible mais inévitable du crémage pour révéler l’amollissement interne. Ou encore dans la tension entre deux copines de plastique choisissant le prétexte de se faire bronzer pour passer du temps ensemble. Parce qu’ils ne sont pas nous, mais des objets près de nous que nous percevons comme imprégnés, leur histoire nous intrigue et nous rappelle la nôtre en nous permettant d’apprécier un recul.
Les longs jeux questionnent, par le truchement des objets, les rapports humains, les relations amoureuses, la sexualité et l’amitié. L’humour, ouvert et un peu piquant, agit comme messager envers nos faiblesses, nos frustrations, nos espoirs. Bien joué.