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Espace Virtuel - Textes Auteurs

To be or not to be an artist

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Janick ROUSSEAU - Opinion publique

C’est en empruntant les stratégies employées par les médias télévisuels que Janick Rousseau remet en question, à travers notre perception de la réalité, notre rapport avec le vrai et le faux. Pour arriver à ses fins, elle cible des endroits publics où elle intervient sous forme d’actions ou de manoeuvres à l’intérieur desquelles des gens collaborent entre eux et avec elle. Ces laboratoires spontanés, dont les passants sont les sujets d’investigation, dressent des portraits inter relationnels révélateurs des multiples possibilités de réactions à la proposition de départ qu’elle leur fait. La relation interpersonnelle étant le matériau de son étude, l’artiste multidisciplinaire utilise la photographie, la vidéo et l’installation pour rendre compte du résultat de la capture systématique de ces scènes nées du hasard de la rencontre.

Pour l’exposition OPINION PUBLIQUE, la participation d’un public non initié au monde de l’art actuel est sollicitée. La chercheuse fait alors la cueillette des images des candidats, non informés de sa démarche, qui acceptent de jouer le jeu d’être un artiste le temps d’un cliché ou de quelques prises de vue. Les recensements photographiques et vidéographiques accompagnés du résultat des sondages, des textes au mur, des croquis, des cartes géographiques marquant l’échantillonnage de la population rencontrée constituent l’exposition dans laquelle les schémas et les statistiques, qui forment des tableaux, miment l’étude scientifique. Tous les dessous du projet, le trajet de la plasticienne, de l’oeuvre et de l’engagement social étant ainsi dévoilés aux personnes présentes lors du vernissage.

Dans plusieurs pratiques artistiques d’art relationnel, la rencontre avec le public, qui était jusque-là la finalité de toute forme d’art, exige dès le début du processus de création l’implication des membres de celui-ci en tant qu’entités spécifiques. On donne ainsi accès au spectateur –participant à des commerces qui ne font pas partie de ses codes habituels de relation. Cet exercice peut modifier le rapport à soi et produire de nouvelles formes de subjectivité, et cela autant chez celui qui provoque ce rapprochement que chez les répondants. Mais l’intérêt réel d’un tel procédé réside dans la question qui est posée par la créatrice en sous-titre de son exposition: « Voulez-vous devenir un artiste ? Do you want to be an artist ? » À travers son étude du comportement humain, les propres attitudes de l’intéressée semblent la préoccuper autant que celles des autres. Postulat justifiable, qui interroge l’engagement social des artistes en tant que citoyens et praticiens de l’art, dans un monde où l’art s’occupe en général des moyens de mettre en relation plutôt que de l’oeuvre elle-même.

Une des caractéristiques de l’art actuel, c’est qu’il y a autant de réponses que de représentations de ce que doit être le travail de l’artiste. Dès le début du XXe siècle, Marcel Duchamp avait révolutionné l’histoire en affranchissant le plasticien de son devoir de fabrication manuelle pour qu’il concentre sa création dans le travail de conception. Avec Fontaine, son ready-made en forme d’urinoir titrée OEuvre d’art du XXe siècle par 500 professionnels spécialistes de l’art, l’oeuvre se signale et finalement se constitue par sa seule évocation. Duchamp invente ainsi un nouveau mode d’expression esthétique où le jeu symbolique des représentations se passe de la représentation. Cette théorie postule que tout est bon pourvu que ce « tout » procède d’un choix de l’artiste et que l’appropriation (d’une image, d’un objet) est honnête puisqu’elle manifeste en soi une critique sociale et artistique légitime. Certains diront que Duchamp a fait figure de révolutionnaire en annonçant plus d’un demi-siècle avant tout le monde le postmodernisme en art. D’autres continuent de dire qu’il a foutu le bordel et que tout ce qui lui a succédé est un foutoir intellectuel autant que visuel. Dans ce contexte parfois confus, c’est le moins qu’on puisse dire, être ou ne pas être un artiste est sans doute une excellente et judicieuse question à se poser avec une première exposition solo. Reste à trouver la réponse.