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Espace Virtuel - Textes Auteurs

Une absence racontée

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Marie-Ange THÉRIAULT - Au sortir de l’Autre, se fabriquer un retour (Opération [Dis] Location)

C’est une performance, mais avant tout une histoire de l’absence racontée dans le silence du geste, du son et dans la présence d’une certaine forme de la mort. Un tourne-disque joue et l’on n’entend pas la musique, une femme est là qui bouge dans son silence ; elle déplie des vêtements d’homme qu’elle reconstitue en une forme qui dit le vide, mais un vide qui n’en est plus un, un vide qu’habitait jadis sans doute un amour, et le costume d’homme est là étendu sur le sol, à plat, qu’elle tentera d’habiter en le recouvrant de son corps, en s’entortillant pour que nous reste l’illusion que là-dessus, sur ce vêtement gris, des corps s’entremêlent. Le disque tourne, quelque chose se passe d’inquiétant, la force de l’absence, plutôt la conséquence d’un départ, l’appel par la recréation de ce qui fut, qui ne sera plus. Marie-Ange Thériault soudain reforme son espace, refait sa coiffure, qu’elle relie par un fil au tourne-disque et rappelle le passé par l’évocation d’une dégustation de gâteau, forme dérisoire d’une célébration musicale dont le silence a des tristesses, des nostalgies dont elle ne revient pas.

C’est une performance, sans doute, c’est surtout un théâtre du silence. Le public est spectateur, il ne participe pas à la performance qui, je le répète, n’en est pas une au sens strict du terme. Mais à quoi bon chercher autre chose que ce qu’on nous présente ? Parce que, peut-être, il faut trouver, par-delà les images, par-delà la perte des mots, un sens à ce que l’on voit qui ne prétend plus être du théâtre, qui veut sans doute surtout être autre chose qui ne l’est pas tout à fait. Donc, entre le théâtre et la performance, quelque chose d’autre qui peut combler quand on se laisse aller à voir et à supporter. On y est, on regarde, on ressent, on se laisse toucher quelque part dans le parfait abandon du silence.

Il y a quelque chose dans cette forme d’art qui me gêne un peu : pourquoi n’y retrouve-t-on pas l’intransigeance de l’artiste face à son travail ? À cause de la part d’improvisation, je suppose, et cela peut devenir frustrant. Le spectateur attend la perfection ou la tension pour l’atteindre ; il y a là trop de flou qui peut le perdre ou l’amener à mal saisir ce qui arrive. Il me semble qu’il y aurait place, dans la performance, à une forme plus ou moins fixée, terreau d’une pratique artistique cohérente et assurée. Toutefois, je veux bien reconnaître les mérites de l’artiste qui ouvre quelque chose en elle-même pour le faire voir.