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Espace Virtuel - Textes Auteurs

Une procession symbolique

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Jose MANSILLA-MIRANDA - Ave Mater II

En Amérique du Sud, le symbolisme chrétien est encore très présent.  Aussi, la célébration du rituel religieux par la liturgie ou par des manifestations publiques comme des processions est pratique courante.  Peut-être ces gens ont-ils besoin de la foi pour s’accrocher et se soutenir à travers les guerres civiles ou autres manifestations d’horreur qui alimentent les informations quotidiennes.  Au Québec, nous sommes bien loin de cette réalité religieuse et, comme la majeure partie du monde occidental, nous avons remplacé le rituel sacré ou spirituel pratiqué collectivement par d’autres rites plus individuels.

 

Une procession symbolique

L’appropriation du réel par l’utilisation d’icônes symboliques est omniprésente dans le travail actuel de José Mansilla-Miranda, artiste d’origine chilienne.  Ceci se manifeste très précisément dans Ave Mater 11, présenté récemment à EspaceVirtuel.  Même s’il vit au Canada depuis la fin des années 70, Miranda a conservé dans sa pratique artistique une très forte référence spirituelle reliée à son pays d’origine.  En art, l’utilisation de symboles inspirés du monde oriental ou occidental est omniprésente.  Cependant, il est rare qu’un artiste allie performance sportive et création dans un même concept.  En effet, Miranda débute sa présentation par une course à pied de 21 kilomètres, effectuée de La Baie à Chicoutimi.  Mais cette course qu’il s’impose s’inscrit davantage dans une épreuve expiatoire que dans une performance athlétique.  Toutefois, pour affronter cette épreuve, Miranda a préparé son corps et son esprit en suivant préalablement un entraînement physique rigoureux.  Au pied de la croix du Centenaire1, lieu de départ, il reçoit une rose d’une jeune femme qui ici représente une jeun mère puis, avec sa rose, il fait le tour de la croix en marquant des temps d’arrêts aux quatre coins cardinaux.2 Il commence ensuite sa course où chaque km5 est marqué de chiffres romains, comme un chemin de croix.  Au total, X1X stations tracent ce trajet dont la dernière étape est située à Espace Virtuel.

Arrivé au centre d’artistes, Miranda entre dans la salle pour en faire le tour lentement et remettre la rose, reçue au pied de la croix, à une femme plus âgée, symbole de la mère d’âge mûr.  Cette rose est par la suite déposée sur un lutrin situé à l’entrée de la salle.  Dans cette mise en scène, le rapport à la mère nous met d’entrée de jeu en contexte : l’œuvre globale est dédiée à la “ mère ”, celle d’Amérique du Sud qui a perdu un être cher lors de conflits civils ou d’états de guerre.  Dans un sens plus large, l’œuvre de Miranda est aussi un ultime hommage à la “ mère ” universelle de tous les chrétiens, la Vierge.

Dans la salle d’exposition, la mise en place épurée et sobre de chaque élément, transforme l’espace en une sorte de lieu de culte.  Comme dans une église, chaque objet a sa signification et son emplacement spécifique.  À l’entrée, sur le lutrin drapé de blanc, la rose.  Ce qui a pour effet d’imposer au visiteur un temps d’arrêt comme s’il devait se recueillir avant d’aborder l’installation.  Au sol, en enfilade sur trois rangées, 14 roses séchées, dont la tige est emprisonnée dans un tube de verre, sont piquées d’une seringue contenant un liquide d’un rouge  translucide.  De quoi s’agit-il ?  Est-ce la vie de la fleur que l’on offre à un donneur éventuel ?  Veut-on réanimer les roses ainsi piquées ?  D’une rose à l’autre, selon le regard que l’on y porte, revient la mémoire du sang qui coule et le sens de la vie qui s’éteint que ce soit d’une mort une mort brutale, un don spécifique ou une expiation mystérieuse.  Ces trois rangées de roses, bien alignées au sol comme des sépultures, suggèrent, d’un sens la perte, le deuil.

De chaque côté de la salle, deux grands tableaux se font face.  Dans chacun des tableaux une rose est peinte.    L’une blanche, droite, perd quelques feuilles ; l’autre rose pâle, se fane, les deux trônant à la manière d’une vierge.  Chaque rose est cernée d’une bande rouge vif qui s’empare de la toile.  Dans ce contexte, la rose peut être l’espoir d’une paix prochaine, la lueur d’une nouvelle vie qui s’installe ou l’image d’une âme perdue réfugiée dans une fleur.  De part et d’autre de la bande rouge, la toile est recouverte d’un tissu au feuillage aussi dense peut-être, que la forêt sud-américaine ou encore, est-ce une représentation de l’armée en action dans un contexte de guerre.

Au sol, dans l’axe du lutrin, une coupe, comme un calice, est déposée sur un carrée de tissu identique au feuillage de la toile.  Au-dessus de la coupe, un soluté distribue dans celle-ci un liquide rouge sang, symbole d’une invitation au recueillement pour la célébration de l’eucharistie.

Dans cette installation, Miranda propose au visiteur de porter un regard attentif sur la survivance de certains symboles universels.  Ces icônes emblématiques qui constituent le centre de l’œuvre offrent une possibilité de réflexion sur une représentation allégorique de l’amour et de la paix contre la guerre.



1 Cette croix érigée pour commémorer la fondation de La Baie par la Société des Vingt-et-Un, est située  en haut d’un sentier pédestre d’où l’on  peut voir toute La Baie.

2 Pour les Mexicains, la croix dans ses deux axes symbolise un passage d’un état à un autre : l’axe Sud / Nord pour la vie à la mort tandis que l’inverse, la mort à la vie se situe dans l’axe Ouest / Est : CHEVALIER, J., GHEERB RANT, A. (1969), Dictionnaire des symboles, p.770