Écrit par Richard Desgagné
Installé sur une vieille machine à écrire, Patrice Duchesne écrit les noms des présents, il le fait systématiquement sur un vieux ruban qui trace des lettres imprécises et pas nettes. Et nous sommes parmi les présents. Patrice Duchesne n’est pas seul, il a besoin des autres, ces autres qui l’entourent, il a soif des absents et leur en voudra de n’être plus là. Sur des pommes, lavées à l’eau de source, il a écrit des noms de spectateurs et il dépose ces pommes par terre sur un tissu écarlate. Plus tard, nous serons conviés à croquer la pomme, la pomme marquée à notre nom. Ce sera un jeu, un amusement, une douce folie autour de ce fruit sans doute convivial depuis l’affaire du paradis terrestre qui nous a fait perdre l’éternité peut-être.
Le moment venu des absents, il déroulera le ruban de la machine à écrire et, à plat ventre, il suivra la trace de ce fil des noms, jusqu’à se souiller, jusqu’à inscrire en lui les noms. Après, il lira ces noms inscrits au début ; ceux des absents le contraindront à se frapper la tête sur le mur. Le tort des absents, c’est de forcer l’artiste au malaise, puisque l’artiste a besoin de l’autre pour être. L’art est banquet, l’art appelle la présence, l’art sans regard n’est rien. Nous sommes donc dans le domaine de l’art.
Une intention réelle sans doute, mais dont l’élaboration vers une réalité peut apparaître quelque peu difficile, imprécise et marquée par trop d’imperfections. Si les performeurs veulent que leur pratique soit reconnue comme une forme d’art qui pourrait toucher les spectateurs, il me semble qu’ils devraient s’évertuer à procéder selon les règles de l’art : avec plus de rigueur, avec de la clarté, qui ne serait pas du simplisme toutefois, et avec un constant souci de la perfection. Je ne mets pas en doute le talent et les intentions de Patrice Duchesne, ni des autres performeurs, j’attends qu’ils montrent ce dont ils sont capables : du plus beau, du plus fini, du plus achevé. J’espère que la performance puisse atteindre d’autres niveaux qui tiennent de la pratique purement artistique. C’est l’avis d’un voyeur qui aime les artistes et ce qu’ils font pour le devenir encore plus.