Pour créer, il faut détruire. Or bien que la recherche sur l’érosion des cultures soit en quelque sorte à l’origine de son travail, Guy Laramée a vraiment été catapulté dans ce projet à la suite d’événements qui sont venus l’empêcher de continuer son travail. À trois reprises, Laramée a perdu ses fichiers informatiques, la première fois emportant plus de quatre années de travail. De plus, parallèlement à ces pertes informatiques, une étrange maladie s’est attaquée à sa bibliothèque : ses livres ont commencé à avoir des trous. Mais il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur, car c’est entre les pages trouées de ces livres qu’il a découvert les lambeaux de L’Histoire des Biblios. L’Histoire des Biblios raconte le triste sort d’une civilisation qui vivait dans les livres et qui creusait ceux-ci pour connecter les mots les uns aux autres. Or un jour, les livres qui leur donnaient asile devinrent si fragiles qu’ils finirent par leur tomber sur la tête. Les Biblios moururent écrasées sous le poids de la connaissance.
… j’ai développé une histoire d’amour avec les objets. Enfin, c’est ainsi que je me raconte parfois l’histoire de ma vie. Mais il faut toujours se méfier des fausses continuités. Parfois je me raconte cette histoire par l’autre bout de la lentille : les thèmes. Je me dis qu’après tout, j’ai voulu petit à petit traiter de sujets qui requièrent d’autres médiums que la musique, d’autres médiums même que les arts du temps. En effet, à l’époque où nous ne tenons plus en place, où nous faisons tout bouger, même le moniteur TV (…), pourquoi opter pour le spectacle peu gratifiant d’objets inertes ? N’est-ce pas du suicide artistique ? Pourquoi, en effet, si ce n’est pour offrir – offrir – une certaine résistance à ce mouvement aveugle en faveur du spectacle, et plus particulièrement ce qu’on nomme « les nouvelles technologies » ? Parfois cette version sociopolitique de mon histoire personnelle arrive à me satisfaire. Parfois pas. Parfois je pense qu’en essayant de voir l’animé dans l’inanimé, je cherche en fait la source même du spectacle, et cette origine du spectacle c’est le spectateur. Retourner aux objets inertes serait paradoxalement une manière plus radicale d’étudier le temps. - G.L., août 05
Diplômé en Arts (Maîtrise-UQAM) et en anthropologie (Maîtrise-Concordia), Guy Laramée est un artiste interdisciplinaire. Compositeur autodidacte depuis le début des années 80, il est entre autre plusieurs fois boursier du CALQ et du CAC. De plus il possède à son actif, une quinzaine d’expositions solos et cinq collectives. Laramée a aussi réalisé, à plusieurs reprises, des compositions musicales pour le cinéma et le théâtre. Son travail a été vu et entendu en Europe (Paris), au Etats-Unis (New York), dans l’ouest canadien et aux quatre coins du Québec.
EventList powered by schlu.net